Dossier de fond

Le numérique est-il vraiment plus écolo que le papier ?

4 octobre 2021

« Pensez à l’environnement avant d’imprimer ce message ». On voit de plus en plus fréquemment apparaître cette recommandation – ou l’une de ses nombreuses variantes telles que « Ne m’imprime pas, pense aux arbres » – en guise de signature électronique en bas des e-mails.

De prime abord, on pourrait penser que cela tombe sous le sens. Imprimer consomme des ressources tangibles (du papier et de l’encre), tandis que l’e-mail, lui, semble avoir un impact environnemental nul ou négligeable.

Pourtant, à y regarder de plus près, les choses sont loin d’être aussi simples. Impossible en effet d’envoyer ou de recevoir un simple email sans quantité de matériel informatique : ordinateurs, tablettes et smartphones bien entendu, mais aussi une somme d’équipements énergivores très loin de l’utilisateur final comme les serveurs, data centers, l’infrastructure réseau…

Les technologies digitales sont extrêmement polluantes et en croissance très rapide. Elles produisent déjà plus de gaz à effet de serre1 que le transport aérien, et l’on prévoit que leurs émissions triplent2 d’ici 2040 !

Quant au papier, sa mauvaise réputation est usurpée. Il s’agit en réalité d’un des matériaux les plus recyclables – une feuille de papier est recyclable jusqu’à 7 fois en moyenne, au-delà, les fibres de cellulose sont trop abîmées – et recyclés qui soient. L’Europe recycle chaque année 72 %⁠3 de ses papiers et cartons.

« Penser à l’environnement » n’est donc pas aussi simple que d’opter pour le tout digital. Dans de nombreuses circonstances, le papier se positionne comme LE choix écoresponsable.

Vous en doutez encore ? On vous explique tout.

C’est prouvé, la communication papier est moins impactante pour l’environnement que le digital

Une étude réalisée par le cabinet indépendant Quantis pour La Poste⁠4 a comparé les impacts écologiques de cinq modes de communication papier et de leurs équivalents digitaux :
– courrier publicitaire contre email,
– prospectus en boîte aux lettres contre vidéo sur les réseaux sociaux,
– catalogue papier adressé contre campagne de communication par email renvoyant à un e-shop,
– catalogue papier non adressé contre une application mobile accessible via un email contenant une vidéo promotionnelle,
– facture expédiée par courrier contre facture électronique.

Cycle de vie d'une communication par papier : 1-Production du papier, 2-Impression, 3-Emballage, 4-Distribution, 5- Stockage, 6- Fin de vie, et ça recommence au 1

L’étude, appuyée sur 16 indicateurs environnementaux – impact sur les écosystèmes, la santé humaine, les ressources… –, montre un avantage clair au support papier dans quatre des cinq situations envisagées : le prospectus papier l’emporte haut la main (15 indicateurs favorables sur 16) tout comme le catalogue promo non adressé (15 sur 16), le courrier publicitaire (13 sur 16) et la facture papier (9 sur 16).

Au final, la production imprimée s’avère souvent plus écoresponsable que ses concurrents digitaux. Un fait qui peut paraître surprenant, mais qui n’est au fond que le reflet d’une double difficulté : la masse de préjugés sur le papier d’une part, et la méconnaissance de l’ampleur d’une pollution numérique « invisible » d’autre part.

Non, le papier ne détruit pas les forêts

Image d'une forêt avec un soleil qui transperce les branchesPremier préjugé : on a tendance à croire que la production du papier est une des causes majeures de la déforestation. C’est entièrement faux. Dans le monde, ce sont essentiellement les activités agricoles qui causent la déforestation : plantation de soja pour nourrir le bétail, culture du palmier à huile… « Il s’agit d’abattage non raisonné. La végétation ne va donc pas se régénérer⁠5 », déplore Paul Leadley, écologue à l’université Paris-Sud.

En Europe, l’exploitation forestière est encadrée par une réglementation stricte. Le bois utilisé pour la pâte à papier provient de « forêts gérées⁠6 dont le cycle de régénération naturelle, la plantation, la culture et l’exploitation sont soigneusement contrôlés ».

Plusieurs labels internationaux certifient que les forêts sont gérées de façon durable et responsable. En France, les plus répandus sont le FSC (Forest Stewardship Council®) et PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification). La présence du logo de l’une ou l’autre de ces entités (ou des deux !) sur votre ramette de papier vous permet de vous assurer que le bois ayant servi à sa fabrication provient d’une forêt gérée dans une démarche respectueuse de l’environnement, de la biodiversité, des travailleurs et des communautés locales.

Il faut savoir par ailleurs que le bois utilisé par l’industrie du papier en France provient à 70 % de ce que l’on appelle « les coupes d’éclaircie », réalisées dans le cadre de l’entretien normal d’un massif forestier. La forêt est « éclaircie » en coupant les arbres les plus chétifs/petits/mal formés pour favoriser la croissance des plus beaux arbres. Quant aux 30 % restants⁠7, il s’agit de chutes de bois produites par les scieries. En France, on ne coupe donc pas d’arbres spécifiquement pour faire du papier. Mieux, l’industrie du papier valorise les sous-produits de l’industrie forestière que sont les déchets des scieries !

L’industrie papetière, un modèle de durabilité

L’écologiste anglais Jonathon Porritt, co-fondateur de l’ONG Forum for the future, n’hésite pas à dénoncer les idées reçues sur le papier.

« Certains avancent l’hypothèse qu’utiliser du papier s’apparente à du gaspillage irresponsable. Je trouve ce point de vue complètement fou⁠8 »Pour lui, l’industrie papetière est un modèle de durabilité : « Il y a peu d’industries qui peuvent aspirer à devenir véritablement durables. L’industrie du papier est de celles-là : elle est intrinsèquement durable », estime-t-il.

C’est que le papier est un produit durable, éminemment recyclable, et fabriqué à partir de fibres de cellulose, dont la meilleure source reste le bois. Or, contrairement au pétrole dont il existe une quantité finie sur la planète qui va en s’amenuisant, le bois est une ressource renouvelable, car on peut replanter de nouveaux arbres. Et c’est ce que l’on fait en Europe, où les surfaces de forêts ont grandi de 9 % dans les 30 dernières années, pour atteindre 227 millions d’hectares en 2020⁠9. On estime que les forêts européennes augmentent de l’équivalent de 1500 terrains⁠10 de football par jour !

Le potentiel d’avoir un impact positif sur le climat

Image d'une bûche qui vient de se faire découper par une hacheOn le sait, les forêts sont parmi les plus importants puits de carbone de la planète et jouent donc un rôle clé dans la lutte contre les changements climatiques. Lors de leur croissance, les arbres absorbent le CO2 – un des principaux gaz à effet de serre – et le transforment par photosynthèse en oxygène, qu’ils rejettent, et en carbone, qu’ils stockent. Couper des arbres, n’est-ce pas rejeter tout ce carbone néfaste dans l’atmosphère ?

Eh bien non, pas vraiment. Le papier hérite des fibres du bois sa capacité à séquestrer le carbone. En moyenne, le papier stocke le carbone pendant 2 à 3 ans, mais cette durée pourrait être largement plus importante si l’on recyclait plus, selon un expert du Département de l’agriculture américain⁠11 (USDA). Car tant que le papier est utilisé et recyclé, ses fibres continuent à séquestrer le CO2. En combinant cette propriété du papier et la reforestation, l’industrie du papier peut viser plus loin que la neutralité carbone : elle a le potentiel d’avoir un impact positif sur le climat.

Faire un usage raisonné et raisonnable

Le potentiel écologique du papier est immense, c’est un fait. Est-ce pour cela qu’il faut consommer du papier à tout va ? Évidemment, non. Dans une optique de développement durable, tout gâchis est à proscrire : il faut donc utiliser le papier de manière raisonnée – juste la quantité nécessaire, ni plus ni moins – et profiter le plus possible de l’espace offert par la feuille pour maximiser la durée de vie du papier. L’agence de transition écologique française (l’ADEME⁠12) indique qu’en moyenne un salarié français consomme trois ramettes de papier par mois, et qu’un quart des documents imprimés sont jetés 5 minutes après l’impression.

Logo ademe : agence de la transition écologiqueL’ADEME propose plusieurs conseils pour limiter le gaspillage de papier au bureau:
– Préférer les impression recto-verso,
– Utiliser les feuilles imprimées sur une seule face comme papier brouillon,
– Trier et recycler les papiers.

L’agence encourage également à n’imprimer que si c’est nécessaire, et uniquement les parties essentielles des documents (sans les photos, annexes…). Dans certains cas en effet, notamment si les documents n’ont vocation qu’à être survolés, la lecture à l’écran s’avèrera une solution plus durable⁠13.

Si vous optez pour une communication digitale, des bonnes pratiques⁠14 sont également de mise : faites en sorte de choisir une plateforme d’hébergement moins énergivore, de réduire la taille des documents envoyés, de régulièrement effacer les documents devenus obsolètes, de maximiser la durée de vie de vos équipements informatiques et de les recycler…

Le papier a encore de beaux jours devant lui

Dans notre monde de plus en plus digitalisé, les communications électroniques prennent une place toujours plus importante. Certains ont même prédit la mort du papier.

Mais c’était vendre un peu vite la peau de l’ours ! Comme on l’a vu, le papier, technologie multimillénaire, demeure un outil essentiel pour toutes les entreprises et les particuliers qui recherchent un mode de communication responsable.

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