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Gutenberg One, le robot imprimeur

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3 minutes 21 avril 2022

Imaginez la scène. Vous entrez dans votre librairie favorite à la recherche d’un livre précis. Vous scannez les rayons, mais ne parvenez à le trouver nulle part. Vous décidez alors de questionner votre libraire sur la disponibilité de l’ouvrage. Celle-ci consulte son ordinateur et constate rapidement que le livre n’est malheureusement pas en stock. Et là, plutôt que de vous inviter à le commander, et donc à attendre que l’on vous recontacte pour venir le chercher, elle vous fait une proposition incroyable : celle d’imprimer sur place votre livre.

Quelques clics plus tard, un robot transparent et design situé dans la librairie fabrique directement devant vos yeux votre livre. Et cinq minutes plus tard, vous avez en main votre bouquin, parfaitement identique à celui que vous auriez pu trouver sur les rayons.

Ce scénario vous semble futuriste ? Détrompez-vous ! Il est déjà réalité à la librairie.one de L’Harmattan à Paris. En effet, c’est là que se trouve le premier exemplaire au monde de Gutenberg one, un robot-imprimeur conçu, breveté et fabriqué en France.

On vous dit tout sur cette petite merveille de technologie – qui embarque une solution d’impression RISO !

La plus petite imprimerie de livres au monde

L’aventure Gutenberg one commence en 2013. Cette année-là, Hubert Pédurand, directeur général de la Nouvelle Imprimerie Laballery (Nièvre), découvre l’Espresso book machine, un robot américain capable d’imprimer des livres à l’unité. Il se dit alors que le concept est porteur mais qu’on peut sans doute mieux faire en France.

Accompagné de l’automaticien français R&D technology, il travaille alors à trouver une réponse technique élégante, économiquement viable et respectueuse de l’environnement, à la problématique de la fabrication de livres à l’unité.

Six ans plus tard, le premier prototype de Gutenberg one est présenté au Salon du livre de Paris, un robot-imprimeur peu encombrant (seulement 3m2 au sol) doté d’un bras poly-articulé intelligent et capable d’imprimer à la demande un livre relié en dos carré collé, quel que soit le format, en moins de cinq minutes.

Si Gutenberg one est déjà à l’époque la plus petite imprimerie de livres du monde, il lui reste encore une grande marge (jeu de mots) de progression. Ce premier prototype nécessite notamment le concours de trois ingénieurs pour fonctionner correctement ! Mais bientôt, une nouvelle page (encore un jeu de mots) de son histoire allait s’écrire avec l’intégration d’une solution RISO.

Le choix de RISO : une question de fiabilité

« Nous avons vraiment fait un saut qualitatif en remplaçant le moteur d’impression laser que nous utilisions par un moteur RISO », se réjouit Étienne Rosenstiehl, directeur général de Gutenberg & Co, qui développe et commercialise Gutenberg one.

La décision de basculer sur RISO n’a pas été facile à prendre. Plus dispendieuse, choisir une solution RISO impliquait d’augmenter le prix du robot. « Mais c’est vraiment une décision que l’on ne regrette pas », confie M. Rosenstiehl, car cela a permis de fiabiliser le processus d’impression des pages internes (le « corpus ») du livre. « À l’origine, avec le laser, nous avions un problème de chauffe : les blocs de papier qu’on obtenait avant reliure étaient assez fortement altérés et déformés par la chaleur. Désormais, avec RISO, la qualité de l’impression et des blocs de papier qui sortent de l’imprimante est tout à fait satisfaisante pour la reliure dos carré collé », ajoute Étienne Rosenstiehl.

Cette fiabilité qu’a apporté RISO est un avantage déterminant pour Gutenberg & Co, qui souhaite démocratiser l’usage de sa machine. Plus besoin de trois ingénieurs derrière la machine, « elle est aujourd’hui opérée par une libraire, qui n’est absolument pas technicienne. Et c’est évidemment un de nos enjeux que de pouvoir remettre aux utilisateurs une machine simple d’utilisation capable de fabriquer des livres, et non un outil industriel à ne mettre que dans les mains d’experts techniques », explique Étienne Rosenstiehl.

RISO, un choix écologique

RISO, ce sont également des solutions douces pour l’environnement. Elles ne rejettent pas d’ozone, très peu de COV, et sont particulièrement économes en énergie. « C’est un autre argument majeur pour RISO. Cela nous a permis d’aller au bout de notre démarche environnementale, que l’on a complété par l’emploi exclusif de papier recyclé », confie Étienne Rosenstiehl.

Non seulement Gutenberg One est une machine intrinsèquement respectueuse de l’environnement, mais elle imprime directement en librairie, à la demande. Elle évite ainsi le transport logistique du livre jusqu’au lieu d’achat, son stockage, les éventuels retours des invendus et le pilonnage. Tout cela permet de réduire drastiquement le bilan carbone d’un livre produit sur Gutenberg One, d’au moins 64 % par rapport à un livre classique.

M. Rosenstiehl souligne d’autres avantages de recourir à la technologie RISO : une vitesse d’impression accrue à près de 130 pages/minute et un meilleur confort de lecture « Nous sommes passés d’un papier très blanc et des caractères laser un peu « brillants » à des qualités qui sont celles que l’on retrouve classiquement en imprimerie. Le confort de lecture est excellent ».

Gutenberg One, une niche de marché à creuser

Gutenberg One est capable de produire un livre en cinq minutes, mais sortir un deuxième exemplaire du même ouvrage demandera cinq autres minutes. Exit, donc, l’impression en chaîne de best sellers. La machine est spécifiquement conçue pour faire de la fabrication unitaire, une caractéristique qui la rend unique.

« Fabriquer des livres à l’unité en usine, ça ne se fait pas. On ne vient donc pas concurrencer les acteurs de la chaîne du livre, on propose au contraire une solution qui apporte de la rentabilité sur un foyer de pertes », estime Étienne Rosenstiehl.

Gutenberg one se positionne comme une sorte de « Netflix du livre », un service de « streaming à la demande de livres papier ».

Voici quelques utilisations potentielles de la machine :

  • la capacité d’imprimer à la demande n’importe quel ouvrage du catalogue d’un éditeur, faisant vivre leur fond de catalogue et réduisant donc le stock, les invendus et les retours…;
  • la production de livres traditionnellement édités en petits tirages, par exemple des livres autoédités, des ouvrages universitaires, des livres écrits pendant des ateliers d’écriture…;
  • l’édition de livres anciens ou rares devenus introuvables (ou hors de prix sur le marché de l’occasion, les livres imprimés sur Gutenberg One étant vendus au prix unique du livre);
  • la possibilité de « maintenir en vie » le livre dans son grand format d’origine (intéressant notamment pour les personnes d’un certain âge dont la vue baisse et qui préfèrent lire en gros caractères)…

Cette liste n’est pas exhaustive, bien entendu, et de nombreux usages de Gutenberg one restent encore à inventer.

Mais au fait, à l’heure du livre numérique et de la prolifération du livre audio, une machine comme Gutenberg one est-elle encore pertinente ? Pour Étienne Rosenstiehl, ça ne fait aucun doute : « Je pense qu’il y a de la place pour le livre papier à l’unité. Le livre papier constitue encore 92 % du marché de l’édition en France, il est donc tout à fait hégémonique : c’est le support de choix du lecteur ».

Le futur d’une machine futuriste

Est-ce que le robot Gutenberg One ne risque pas de détruire des emplois ? « Je pense au contraire que c’est un moyen de recréer de l’humanité dans le rapport commercial, puisque le libraire est capable de fabriquer lui-même sans jamais être en défaut sur sa capacité de production », estime Étienne Rosenstiehl.

Si pour l’instant une seule machine a été déployée, Gutenberg & Co affiche d’importantes ambitions de développement. Elle vise l’installation de 250 machines dans les plus grandes librairies françaises d’ici 5 ans.

L’entreprise travaille également à séduire les grands éditeurs – car Gutenberg One n’est pas pertinente sans catalogue – et à percer à l’international.
Autre piste explorée : l’obtention de catalogues anglophones, hispanophones… « Notre machine est capable de travailler dans de nombreuses langues, ce qui en fait un important canal de diffusion de la culture potentiel. En France, tout livre en langue anglaise est un faible tirage – et je ne vous parle pas du portugais, ou du hongrois – donc on a la capacité d’être un vrai vecteur de diversification des livres. Si on arrive par exemple à se doter d’un catalogue anglais de qualité, tout libraire qui installe notre machine devient instantanément intéressant pour la population anglophone ! », souligne Étienne Rosenstiehl.

Et le futur du partenariat avec RISO ? « On est ravis de ce partenariat, de cette histoire commune que l’on est en train d’écrire. Et il va se renforcer, puisque qu’on va confier à RISO une partie de la maintenance des machines », conclut Étienne Rosenstiehl.

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  1. format

    Jusqu’à 185 mm par 285 mm, soit presque un format A4 et jusqu’à 800 pages

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