garçon portant un masque à l'école
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La qualité de l’air dans les écoles, on en parle ?

Le rôle de RISO ?

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1 juin 2021

Les enfants passent la majeure partie de leurs journées à l’intérieur. Maison, école, transports… ils évoluent dans des endroits clos près de 90 % du temps. Or les scientifiques sont formels : l’air intérieur est bien plus pollué que l’air extérieur, jusqu’à 5 à 10 fois plus⁠1 !

Les impacts de cette pollution de l’air sur la santé ne sont pas anodins, puisqu’on estime qu’elle cause 20 000 décès⁠2 par an en France. Les coûts socioéconomiques sont également astronomiques : l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail les évalue à 19 milliards⁠3 d’euros.

Pour sauvegarder la santé des enfants, il est donc essentiel de travailler à assainir la qualité de l’air intérieur, notamment à l’école. La France a pris des engagements en ce sens. Depuis le 1er janvier 2018⁠4, la surveillance de la qualité de l’air intérieur est obligatoire dans les crèches ainsi que dans les écoles maternelles et élémentaires. Deux ans plus tard, cette obligation s’est étendue aux centres de loisirs, aux collèges et aux lycées.

L’état actuel des choses

L’Observatoire de la qualité de l’air (OQAI) a mené une vaste enquête nationale sur l’atmosphère des crèches et écoles françaises. Cette étude⁠5, qui s’est étalée de 2013 à 2017, révèle plusieurs choses intéressantes. D’abord, que l’air des écoles est globalement moins pollué que celui des logements.

Mais l’enquête montre également qu’on trouve dans les écoles des particules fines PM2,5⁠6 en quantité supérieure aux recommandations de l’OMS (18 µg/m3 alors que la valeur cible est de 10 µg/m3) et que les composés organiques volatils (COV: phénol, benzène…) et semi-volatils (COSV: phtalates, pesticides…) sont présents presque partout, quoiqu’à des taux inférieurs à la réglementation.

Mais d’où proviennent ces COV et COSV ? De très nombreuses sources : revêtements de sol, meubles, matériaux de construction, produits d’entretien, fournitures utilisées par les enfants (feutres, peinture, colle…), copieurs, hydrocarbures issus du trafic automobile…

Si les sources de pollution sont nombreuses, assainir l’air intérieur dans les écoles est essentiel pour les enfants car, comme le souligne Claire Dassonville, coordonnatrice de l’enquête de l’OQAI, « les enfants passent environ 40 % de leur temps en classe et un lien existe entre qualité de l’air intérieur et santé, bien-être, absentéisme et apprentissage. »

La pollution de l’air intérieur peut causer chez les enfants « des symptômes tels que des maux de tête, de la fatigue, des manifestations allergiques ou encore de l’asthme », note le ministère de la Transition écologique. Par ailleurs, de nombreuses études⁠7 ont permis de montrer l’influence de facteurs environnementaux – qualité de l’air, acoustique et luminosité – sur les capacités de concentration et d’apprentissage des enfants.

Améliorer la ventilation des classes a des effets nets et réels sur les résultats scolaires et l’absentéisme des enfants. L’Agence américaine pour la protection de l’environnement⁠8 estime ainsi qu’en aérant deux fois mieux les classes aujourd’hui mal ventilées, les scores des étudiants aux examens (notamment en maths) pourraient augmenter de 10%. Idem au Danemark, où une étude a même conclu à une augmentation des performances des enfants de 15% !

 

Par ailleurs, les écoles françaises ont besoin d’être mieux aérées. C’est une des conclusions de l’enquête de l’OQAI, qui a noté que le renouvellement de l’air dans les classes françaises laissait à désirer. Le « confinement de l’air intérieur » dans les classes françaises est très élevé, note l’OQAI, indiquant que 41 % des écoles présentent au moins une classe très confinée.

L’air de l’école Michel Servet, située à Lyon à la sortie du tunnel de la Croix-Rousse – dans lequel circulent des dizaines de milliers de véhicules chaque jour –, est particulièrement contaminé par les gaz d’échappement, notamment le dioxyde d’azote (NO2). Ce qui a amené l’école à fermer sa cour de récréation⁠9, à garder les fenêtres donnant du côté du tunnel perpétuellement closes et à installer un extracteur d’air dans le gymnase. Les jours de pic de pollution, à défaut de mieux, l’école garde même l’intégralité de ses fenêtres fermées⁠10.

Pourtant, en ces temps de COVID, l’aération des classes est peut-être plus importante que jamais.

La qualité de l’air intérieur en temps de COVID

C’est un fait, le COVID-19 se transmet avant tout par voie respiratoire, via des gouttelettes aéroportées. « Au moins 70 % des contaminations⁠11 se font par les aérosols », estime Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève. Ces gouttelettes de très petite taille sont émises lorsqu’on parle ou que l’on respire. Elles viennent se mélanger à l’air ambiant et peuvent y rester des heures.

Plus on passe de temps dans un espace fermé – comme une salle de classe par exemple – plus le risque de contamination est donc élevé. C’est pourquoi un des éléments clés du protocole sanitaire appliqué aux écoles est une aération régulière des locaux. On a d’abord préconisé d’aérer 15 minutes toutes les deux heures⁠12 avant de recommander d’ouvrir les fenêtres moins longtemps (quelques minutes) mais plus fréquemment (toutes les heures).

Mais comment savoir si le renouvellement de l’air intérieur a été suffisant ? Selon des chercheurs de l’Université du Colorado, la réponse se trouverait du côté du taux de CO2. Puisqu’on rejette du dioxyde de carbone à chaque expiration, il semble logique de penser que plus l’air intérieur est chargé en CO2, plus il est potentiellement chargé en virus. « On ne peut jamais être totalement en sécurité lorsqu’on respire le même air qu’autrui en intérieur, mais on peut réduire le risque, explique Jose-Luis Jimenez⁠13, co-auteur de l’étude. Et [la mesure du taux de] CO2 est véritablement la seule option pratique et bon marché que nous ayons pour surveiller [ce risque]».
Le taux de CO2 est donc un bon indicateur de la quantité de COVID dans l’air. Autrement dit, si le taux de CO2 atteint un certain seuil – le Haut Conseil de la Santé Publique préconise⁠14 800 ppm⁠15, mais certains experts estiment qu’il faudrait être sous la barre des 600 voire 500 ⁠ppm16 –, il est temps d’aérer la pièce.
Pour éviter les contaminations dans les écoles, cela peut être déterminant. D’où la décision de la ville de Paris de faire installer 500 capteurs de CO2 dans 200 écoles de la capitale⁠17.
Depuis deux ans, la mairie du IXe arrondissement de Paris a de son côté pris un engagement conséquent pour assainir l’air des 150 classes de ses écoles maternelles et élémentaires, en faisant installer des purificateurs d’air. Le résultat de cet investissement, mesuré par une étude en mars 2021, est clair : grâce aux purificateurs, la qualité de l’air est meilleure de 20 à 30 % dans les classes⁠18.
La région Auvergne-Rhône-Alpes a débloqué 5 millions d’ euros à l’automne 2020⁠19 pour mettre en place des dispositifs similaires de purification de l’air dans les 565 lycées privés et publics du territoire afin de réduire au maximum la propagation du COVID dans ces établissements.

Des pistes d’amélioration pour les écoles

La qualité de l’air intérieur dans les écoles est un sujet essentiel pour la santé des enfants. Le programme Ecol’air⁠20 rappelle que les systèmes respiratoires et immunitaires des enfants sont en plein développement, et qu’ils sont donc particulièrement sensibles à la pollution de l’air intérieur. Les élèves sont également très nombreux dans les écoles, la densité de population y est en moyenne quatre fois supérieure à celle des bureaux. Et pourtant « dans la plupart des bâtiments, les dispositifs de ventilation sont inexistants, mal adaptés, voire inopérants ».

Mais comment améliorer la qualité de l’air dans les écoles ? Par « la mise en place d’action de prévention simples », estime le ministère de la Transition écologi⁠que et solidaire21, qui cite entre autres l’ouverture fréquente des fenêtres – notamment lorsqu’on utilise des produits contenant des substances polluantes –, le nettoyage des grilles d’aération, le choix de produits d’entretien et de décoration (tels que les peintures et revêtements de sols) plus sains…

« Même si les solutions apportées aujourd’hui sont identifiées (limitation des sources de pollution, ventilation, etc.), elles ne sont pas toujours bien mises en œuvre et appliquées dans ces locaux », conclut Ecol’air22.

Voir toutes les notes
  1. Note 1https://leparticulier.lefigaro.fr/article/l-air-ambiant-du-logement-est-cinq-fois-plus-pollue-que-l-air-exterieur
  2. Note 2https://leparticulier.lefigaro.fr/article/l-air-ambiant-du-logement-est-cinq-fois-plus-pollue-que-l-air-exterieur
  3. Note 3https://www.lagazettedescommunes.com/722265/la-qualite-de-lair-interieur-a-lecole-profite-de-leffet-covid/
  4. Note 4https://www.ecologie.gouv.fr/qualite-lair-interieur
  5. Note 5https://www.batiactu.com/edito/qualite-air-interieur-ecoles-francaises-est-elle-bonne-53396.php
  6. Note 6

    particules d'un diamètre inférieur à 2.5 microns

  7. Note 7https://www.leprogres.fr/magazine-sante/2020/11/03/zero-pollution-lumiere-et-calme-les-cles-de-l-apprentissage
  8. Note 8https://www.epa.gov/iaq-schools/frequently-asked-questions-about-improved-academic-performance
  9. Note 9https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/09/pollution-a-lyon-des-parents-d-eleves-attaquent-les-pouvoirs-publics-pour-insuffisance-de-l-action_6032276_3244.html
  10. Note 10https://www.greenpeace.fr/espace-presse/pollution-de-lair-a-lecole-michel-servet-depot-dun-recours-devant-le-tribunal-administratif-de-lyon/
  11. Note 11https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/coronavirus-coronavirus-transmet-il-plus-air-surfaces-contaminees-15085/
  12. Note 12https://www.dossierfamilial.com/actualites/famille/covid-19-le-protocole-sanitaire-se-durcit-dans-les-ecoles-colleges-et-lycees-877365#Aération-des-locaux-renforcée
  13. Note 13https://twitter.com/jljcolorado/status/1379940559763214339?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1379940559763214339%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.futura-sciences.com%2Fsante%2Factualites%2Fcoronavirus-covid-19-plus-il-y-co2-plus-risque-contamination-eleve-86703%2F
  14. Note 14https://www.education.gouv.fr/media/88756/download
  15. Note 15

    parties par million

  16. Note 16https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/covid-il-faudrait-des-capteurs-de-co-sub-2-sub-dans-chaque-classe-9d6e8fa0-9eb0-11eb-9d82-ca7bc000ad47
  17. Note 17https://www.leparisien.fr/paris-75/paris-500-capteurs-de-co2-installes-dans-200-ecoles-23-04-2021-ZURSG4WQKNCCFISIECC6DCIKDY.php
  18. Note 18https://www.leparisien.fr/paris-75/covid-19-a-paris-les-purificateurs-d-air-ont-fait-leurs-preuves-dans-les-ecoles-du-ixe-26-04-2021-8431522.php
  19. Note 19https://www.auvergnerhonealpes.fr/uploads/Presse/e8/936_567_CP-10-12-purification-de-l-air-002.pdf
  20. Note 20https://librairie.ademe.fr/air-et-bruit/1556-ecol-air-les-outils-pour-une-bonne-gestion-de-la-qualite-de-l-air-dans-les-ecoles-9791029710414.html
  21. Note 21https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Surveillance%20de%20la%20qualité%20de%20l%27air%20enfants%20%202018-2023%20-%20collectivités.pdf
  22. Note 22https://librairie.ademe.fr/air-et-bruit/1556-ecol-air-les-outils-pour-une-bonne-gestion-de-la-qualite-de-l-air-dans-les-ecoles-9791029710414.htmlhttps://librairie.ademe.fr/air-et-bruit/1556-ecol-air-les-outils-pour-une-bonne-gestion-de-la-qualite-de-l-air-dans-les-ecoles-9791029710414.html
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